Un musulman, peut-il exceller ? (7)

Savoir se relever : Le danger de Rumination

Faire face à un événement indésirable ou imprévu, perte d’emploi, redoublement, divorce…, signifiant pour nous un échec ou une complication d’une situation défavorable à la réussite, déclenche plusieurs événements physiques et psychiques: une réaction émotionnelle, de la peur, de la colère, de l’angoisse, une dépression, la recherche et l’attribution de causes ou de reproches à soi-même ou aux autres, la recherche d’un sens à cet événement, de l’aide que les autres pourraient fournir. Une question importante s’impose alors: Pourquoi certaines personnes qui ont été confrontées à un tel événement dans leur vie ont-elles du mal à se relever, à s’engager et à maintenir des activités qu’elles souhaitaient réaliser pour faire une nouvelle tentative de réussite?

Il semble que la rupture des relations habituelles entre intention et action en est la raison principale. Ces relations ont été rompues parce que la perception que nous avions de l’image de nous-mêmes, de notre capacité à réussir a été touché. Autrement dit nous nous retrouvons pour un moment au stade du « savoir se connaitre et s’apprécier ». Mais cela n’explique pas encore pourquoi nous sommes dans certains cas (Et ils sont nombreux à priori) incapables de réussir une nouvelle fois cette étape (i.e. la reconnaissance de ses capacités) à laquelle nous avions déjà été confrontés. Pourquoi est il difficile de retrouver ce minimum de confiance qui nous permet d’arriver à réaliser une tâche que nous nous fixons par motivation?

Il existe des individus « orientés vers l’action » et d’autres qui sont « orientés vers la réflexion de l’état tel qu’il est vécu ». Et même en chacun de nous ces deux orientations se succèdent suivant plusieurs facteurs. Ainsi, un haut degré d’orientation vers l’action dirige et contrôle le processus affectif et cognitif ce qui facilite la réalisation d’une intention et ce, à l’inverse d’un haut degré d’orientation vers la réflexion. En effet, pendant un examen décisif et crucial le début du temps de l’examen est marqué par une lenteur de l’examiné due à son orientation vers la réflexion de l’état tel qu’il est vécu. « Alors, première question… oh! Calcul diff.. j’ai pas consacré beaucoup de temps à réviser ce chapitre… Peut-être il vaut mieux que je commence par la question deux… Alors la durée de l’épreuve c’est trois heures..mmmm.. donc si je fais le deux en 1h,puis le trois en… ah! OUI! le trois c’est: Analyse matricielle cool!… je commence par trois! » (bien sûr je n’ai rien contre le calcul différentiel!) et puis en jetant un coup d’œil sur l’heure on découvre que 10 minutes se sont écoulées. On s’élance alors dans une nouvelle période d’orientation vers la réflexion cette fois-ci négative… « Et si j’réussis pas ce devoir…il me reste une chance avec le deuxième devoir Jeudi… » et ça peut continuer ainsi jusqu’à penser au « 5/2! j’aurais dû consacrer un peu plus de temps à tel chapitre » etc. Par contre, on est à la vitesse maximale pendant les périodes de l’examen où on est orienté vers l’action. Complètement absorbé par le travail, on passe de question en question. Et c’est en cet état là qu’on est le plus efficace. Son esprit est simultanément ou successivement concentré sur:

-les caractéristiques de l’état présent.

-les caractéristique de l’état à venir.

-les caractéristiques de l’écart entre deux états

-au moins une action alternative qui peut réduire ou faire disparaitre cet écart.

Ainsi, une fois le problème spécifié, il est temps d’écrire cette phrase classique! Vous l’avez devinée: « l’orientation vers la réflexion de l’état tel qu’il est vécu est une arme à double tranchante ». Elle peut nous être utile pour nous localiser, méditer tel un philosophe sur sa situation en vue de l’améliorer. Mais, elle peut également se développer en une rumination. Quoi faire alors pour se relever?

Il n’y a pas autre moyen que de comprendre qu’il est temps de s’engager dans des actions de préadaptation pour d’abord oublier les sujets de rumination, la priorité dans un tel état étant d’éviter à tout prix de vivre un sentiment d’échec et d’impuissance dû au prolongement de la période de passivité. Je trouve ce hadith du messager (miraculeusement!) visant ces cas de ruminations pour les aider à démarrer cette première étape de « guérison ». D’après Souhayb ar-Roumi, le Prophète a dit : « Que le sort du croyant est étonnant ! En effet, son sort n’est que du bien  -situation dont ne jouit que le croyant- ; s’il remercie Allah pour un bien qu’il acquiert, il en est récompensé, et s’il endure un malheur qui le frappe, il en est encore récompensé : tout jugement divin qui concerne le musulman lui fait du bien »{rapporté par Mouslim}. A première lecture, il semble que je me suis trompé de hadith, qu’il est hors sujet. Mais rappelons nous qu’on cherche à faire comprendre à la pauvre victime de rumination que la vie continue, qu’il est temps de s’efforcer de revenir petit à petit à son activité habituelle. Dans ce hadith on trouve une claire provocation « situation dont ne jouit que le croyant » qui incite dans ce même cadre d’orientation vers l’état tel qu’il est vécu à se remettre en question. « Suis je un croyant? Pourquoi donc je ne manifeste aucune endurance de ce malheur! pourquoi je perd tout espoir? Je me prive donc de cette récompense! » Il est clair que les paroles du hadith n’aurons pas du mal à s’infiltrer dans les sujets de rumination car justement elles portent un message homogène à l’ensemble de l’état du sujet, à savoir son auto-culpabilisation et son orientation vers la réflexion.

Ensuite, en supposant que le sujet a compris, il commencera à faire des tentatives d’actions de préadaptation mais il reste toujours le risque que le sujet se lasse assez vite trouvant que sa rumination persiste et que ses tentatives sont donc vaines. A ce niveau-là, il ne faut surtout pas qu’il s’arrête selon les psychologues. La patience est essentielle pour que le sujet oublie progressivement et ne cède pas à la rétroaction de la part de son esprit orienté vers l’état tel qu’il est vécu. Le prophète a dit : « Les (bonnes) Œuvres que dieu aime le plus sont celles qui durent longtemps même si elles sont minimes »{Rapporté par Bukhari et Muslim}.

Dernière étape, le sujet se sent beaucoup mieux. Alors dès qu’il se juge « guéri » (il s’engage dans des actions qu’il sait qu’il poursuivra jusqu’au bout, une nouvelle quête de la réussite démarrée) il est bon d’essayer à tête reposée de tirer profit de son échec. C’est ainsi que la citation de Félix Leclerc prend tout son sens: « Tomber a été inventé pour se relever. Malheur à ceux qui ne tombent jamais. ».

 

Ghazi Majdoub
IPEST 2008-2010
SUPAERO 2013
Vice-président ADAI Toulouse

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