Un musulman, peut-il exceller (6) ?

Etre réactif : Optimisme et Coping

Nous n’oserons certes commencer un long voyage dangereux et important pour nous sans d’abord s’assurer que nous avons en nous les moyens suffisants pour le réussir (parler la langue du pays visité, bonne santé et force physique par exemple…), sans ensuite savoir l’itinéraire que nous allons suivre avec précision et sans enfin faire ses bagages et tous les préparatifs nécessaires à notre survie pendant le voyage. De même, la réussite dépend de notre connaissance de nous-mêmes, de notre but et également des compétences et moyens qu’il faut acquérir pour faire face aux difficultés et surmonter les obstacles. Mais il est plus qu’évident que pour réussir il faut agir! Pour écrire un livre il faut écrire! Pour gagner un match il faut le jouer! Ce ne sont pas des phrases stupides, je suis sérieux là! Car il y a de nombreuses personnes qui ne cessent pas de parler de ce qu’ils vont faire, de leurs rêves et ambitions mais ils ne bougent pas d’un cheveu. Elles ont leurs valises prêtes, Elles connaissent sur le bout des doigts le chemin mais Elle ne commencent pas le voyage! Elles ne font pas le premier pas vers l’avant! Et par conséquent, bien que très proches de la réussite, Elles ne réussissent pas. « Ô vous qui avez cru ! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? C’est une grande abomination auprès d’Allah que de dire ce que vous ne faites pas. »{sorat61, verset2,3} trouve-t-on dans le coran. Mais pourquoi n’agissent-elles pas?

 

Certains psychologues pensent que dans ces cas ce qui empêche l’homme d’agir c’est la peur: la peur consciente ou inconsciente de l’inconnu. Moi je l’appelle la tendance naturelle que nous avons à résister au nouveau et au changement. Notre appréhension du changement est profonde et intuitive. Cela est peut-être dû au caractère fatal et parfois brusque des changements qui surviennent dans la vie de chacun de nous. D’ailleurs cette peur ou inquiétude est dans une certaine mesure saine puisqu’elle nous évite de basculer vers « le maniaque » mais il ne faut pas non plus basculer vers « le passif » ou « le déprimé ».

« Le maniaque », une caricature du mode de fonctionnement d’un individu hyper-sensible aux changements qui se passent autour de lui, est rapide, désordonné à l’excès dans sa manière de penser et d’agir. Il entreprend tout et ne finit jamais rien et il est euphorique. Tout fonctionne trop vite et les éléments contextuels viennent en permanence parasiter le cours de ses actions et de ses pensées en les modifiant. Au lieu de poursuivre une action par étapes logiques, il s’interrompt pour se lancer dans une nouvelle action dont il a eu l’idée par association. Alors qu’il se rase, la mousse à raser lui fait penser à des blancs d’œufs montés en neige et le voilà parti préparer une mousse au chocolat pour ses enfants sans même finir de se raser. Mais le livre de cuisine dont il dispose ne lui plaît plus: il court en acheter un autre et, en chemin, repensant au goûter de ses enfants, il songe qu’un cadeau serait bienvenu. Oubliée la librairie! Le voilà poussant la porte d’un magasin de jouets. Et ainsi de suite… « Le passif », tout au contraire, a une réactivité quasi-nulle à ce qui l’entoure. Il est ralenti. Tout est long, difficile et précédé de siècles de réflexion. Il n’a confiance en rien donc il ne fait rien  et est envahi d’idées de mort, d’échec et de malchance. Ainsi « le passif » souffre de n’avoir plus d’idées et d’avoir perdu toute capacité d’adaptation aux situations nouvelles. A mon avis le problème majeur des musulmans d’aujourd’hui est effectivement leur excès de passivité. Ils refusent de comprendre que « Quand on continue à faire ce qu’on a toujours fait, on continue à obtenir ce qu’on a toujours obtenu. » Allah, le tout puissant (et il n’y a pas le moindre doute pour un musulman sur ce fait), le dit clairement dans son livre sacré: « En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qu’est en eux-mêmes. »{sorat13, verset12}.

 

Ainsi, il ne faut pas avoir peur de faire face au changement pour que nous nous n’arrêtions pas d’agir. Il ne faut pas non plus résister (courageusement!) aux changements qui surviennent en dehors de notre contrôle. En effet, résister au changement est un moyen infaillible de saborder sa réussite. D’un côté, parce que certains changements nous dépassent: « Et lorsqu’Allah veut [infliger] un mal à un peuple, nul ne peut le repousser »{sorat13, verset12}. Toute tentative de suppression de tels changements est vaine et ne fait que nous faire rentrer droit dans l’obstacle qui se présente. D’un autre côté, parce que le monde dans lequel nous vivons est en quête de nouveaux modèles- et de salariés prêts à s’adapter. C’est la réactivité face aux événements qui détermine la réussite ou l’échec des entreprises et des individus. Nous savons que le monde va continuer à changer et que le rythme des changements va encore s’accélérer. il faut donc s’efforcer de se positionner comme apôtre du changement et non comme un opposant. En quatre mots, ce sont les maitres du coping qui gagnent. Comme si tout ces arguments ne suffisaient pas pour nous convaincre de l’importance du coping (ou l’adaptation au changement), voici un exemple simple de la vie de tous les jours pour nous convaincre davantage. Quelle est la différence entre un conducteur qui, brusquement, voyant surgir sur la route un animal, freine efficacement pour l’éviter et celui qui s’affole, cache son visage par ses mains et attend? Dans le premier cas, en une fraction de seconde, le conducteur a analysé la situation puis organisé et réalisé un plan d’action. Il s’est adapté avec succès à l’événement. Dans le deuxième cas, le pauvre conducteur a résisté au changement (en se cachant le visage) puis réalisant que l’événement le dépasse, il n’y a pas fait face (il attend). S’il finit donc par avoir un accident, c’est qu’il n’a pas su tenir compte du feed-back lui montrant l’inefficacité de sa passivité.

 

La réaction à un événement ou un changement n’est pas toujours suffisamment efficace. Mais il y a selon les coachs un moyen de dernier recours qui peut augmenter l’efficacité de nos réactions, et de nos actions aussi. L’optimisme. Les Bouddhistes l’appelle « le Karma ». « le Karma » désigne plus généralement le cycle des causes et des conséquences liées à l’existence des êtres sensibles. Il est la somme de ce qu’un individu a fait, est en train de faire ou fera. Dans les religions ayant adopté les concepts de réincarnation ou de renaissance, les effets de ces actes karmiques sont censés se répercuter sur les différentes vies d’un individu. Pour nous c’est la vie que nous connaissons qui nous intéresse. Alors le principe de l’action optimiste ou du Karma, peu importe le nom, est: « agir en s’attendant à la réussite » génère une énergie positive, la réussite elle-même en génère plus! Dans le monde de cette énergie, tout comme dans « le monde de Lavoisier », rien ne se perd! Du coup nous avons plus de chance! Nous aurons exactement ce que nous attendons. Bien que toute cette histoire d’énergies ne me parle pas vraiment (la conservation de la matière de Lavoisier non plus), il semble qu’elle fait en partie écho à certains commandements et conseils du prophète des musulmans. « Vous aurez le bien, pourvu que vous vous y attendiez » dit-il. Il dit aussi: «Invoquez Allah en ayant la certitude qu’il vous exaucera ». L’essentiel à mon avis c’est la profonde conviction de son choix de réaction. « parce que on a toujours adopté ce même plan d’action et que ça a marché » n’est jamais un argument convaincant quand il s’agit de choisir un certain plan d’action face à un événement. Ce n’est d’ailleurs même pas un argument. Par contre choisir son plan d’action avec un optimisme rationnel, (ce qui peut être toujours ce que visaient les paroles du prophète) cela reflète qu’on a la sagesse d’un gagnant.

Ghazi MAJDOUB
IPEST 2008-2010
SUPAERO 2013
Vice-prez ADAI Toulouse

 

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