Un musulman, peut-il exceller (5) ?

Savoir plaire et maitriser l’art d’écouter

Plaire passe par la joie de vivre. Au lieu de ne discerner que les problèmes, on a intérêt à chercher ce qui fonctionne. Dans la vie on rencontre des tas de pessimistes qui ne voient que leur verre presque vide au lieu de s’intéresser à la gorgée qui y reste encore… Ils sont insupportables, tout le monde est d’accord là-dessus. Par contre, l’enthousiasme séduit car c’est un état d’esprit autrement plus agréable que le cynisme. La rencontre avec un enthousiaste est un moment de bonheur, une opportunité. Il ne nous fait pas perdre du temps à cause de ses interminables « mais… », « ça marchera pas… ». Il est « chaud » pour la réussite. Nous aimons tous être en compagnie de quelqu’un qui a l’air d’un gagnant. Il n’est pas donc surprenant de voir le messager d’Allah (pour les musulmans) entouré de ses compagnons, tous en train de chanter joyeusement tout en travaillant à creuser la tranchée (dont la fameuse bataille a pris le nom) bien qu’ils sachent très bien que derrière le désert qui sépare la Médine de la grande armée qui se prépare à l’attaquer, les ennemis du prophète se sont unis pour les éradiquer.

Presque chaque être humain possède la capacité de voir le bon côté des choses. Nous le faisons tous avec des fréquences différentes. Il suffit d’être de bonne humeur. Et notre humeur est bien une chose que nous sommes capables de contrôler. Un morceau de musique, un tableau, une blague, un cocktail, un plat, un livre, une partie de tennis… chacun son « ajusteur d’humeur » préféré. Voyons comment le messager et ses compagnons « ajustent » leur humeur. On rapporte d’après Aïcha: Au cours d’une sortie avec le Prophète il lui a proposé de faire une course. Ils coururent et le Prophète a gagné la course. Il a dit à Aïcha  :   » Celle-ci pour celle-là « . Faisant allusion, disait Aïcha au jour où elle était enfant, son père l’avait envoyée avec quelque chose dans la main le Prophète lui dit alors donne-moi ce que tu as; n’ayant pas voulu le lui donner, il courut derrière elle sans pouvoir la rattraper. Les historiens rapportent aussi qu’un groupe de compagnons du prophète ont un jour joué en se jetant des morceaux de peau de melon.

 

En gros, une des clés de la réussite qu’il ne faut jamais négliger c’est avoir l’air d’une personne qui gagne. Pour gagner il faut se mettre dans la peau d’un gagnant.

Il ressemble à quoi alors un gagnant? C’est un type qui est toujours souriant, énergétique, qui prend soin de lui-même, qui n’est quasiment jamais nerveux ni livide. Et être ainsi suppose qu’on soit le type de personne qui fait l’effort de s’entendre avec les gens, qui s’efforce de ne pas oublier leurs prénoms et surtout qui est à l’écoute de ce que veulent et disent les autres. «le croyant qui fréquente les gens et supporte leurs nuisances remportera une récompense plus importante que celui qui ne fréquente pas les gens et n’endure pas leurs nuisances » A dit le prophète des musulmans. On se trompe si l’on croit qu’on est capable d’exceller sans l’aide et l’encouragement de son entourage: les autres.

En effet, commençant par sourire au gens, le plus souvent ils nous rendrons notre sourire. cela nous donnera le sentiment d’être quelqu’un de meilleur. Dans ce sens, le prophète Mohammad dit: «Ne dédaigne aucun acte de bien quelque minime soit-il même s’il s’agit d’accueillir un frère avec le visage radieux». Il dit aussi:  « un sourire dans le visage de ton frère est une aumône (sadaka) ». Ensuite, démenons-nous pour que ceux qui nous entourent soient contents d’eux, ainsi nous nous protègerons de toute jalousie ou hypocrisie qui menace notre marche sûre vers le succès. Et même nous, devons nous nous libérer de toute énergie négative qui pourrait constituer à notre esprit un sujet de rumination interminable, « une énergie noire » du genre vieilles rancunes. « celui qui se montre patient et pardonne, c’est certainement là une marque de caractère ».{sorat42, verset40} Trouve-t-on dans le coran.

 

Je n’ai jusque-là pas parlé de la maitrise de l’art d’écouter, non pas qu’il soit peu important bien sûr mais parce que il mérite tout un paragraphe à lui seul, tellement il est considéré vital par les coachs. En effet, l’attitude à établir le contact avec tous ceux qui nous entourent est une compétence rare et précieuse. C’est ce qui a fait la force politique de Bill Clinton. Le point commun entre toutes les personnalités qui possèdent cette faculté de contact, c’est un authentique intérêt pour les être humains et un don pour leur parler en se mettant à leur niveau, sans pour autant paraître condescendant. Comment apprend-on à devenir ainsi?

En écoutant et en manifestant de l’intérêt pour ce que les gens ont à dire.

En plus, si nous nous comportons de cette façon, il y a de fortes chances pour que ce qu’ils ont à nous dire puisse vraiment nous intéresser et retenir toute notre attention. Ils peuvent même dire ce qui changera notre vie! Une petite histoire rigolote illustre ces derniers propos, c’est l’histoire d’un des plus brillants savants et philosophes musulmans (d’après les historiens) Abou Hamed Alghazali avec une bande de bandits. En ces jours, les étudiants qui souhaitaient acquérir de plus hautes connaissances devaient voyager jusqu’à Nichapour , qui revendiquait de nombreuses université et de nombreux professeurs de renom. Al Ghazali, après son école primaire, arriva à Nichapour pour approfondir ses études. Il était brillant et fut bientôt reconnu par ses maitres comme le plus studieux et le plus travailleur des étudiants.

Afin de ne pas oublier le plus petit détail de l’enseignement il avait l’habitude de noter ce qu’il avait entendu de ses maitres. Et chaque soir il recopiait tout son enseignement sous des en-têtes et des chapitres. Il chérissait ses notes autant que sa vie ou peut être même plus. Des années après, il décida de retourner dans son village. Il plia toutes ses notes dans un baluchon propre et partit en compagnie d’une caravane. Sur le chemin, ils furent arrêtés par un gang de bandits de grands chemins qui dérobèrent à chacun tous ses objets de valeur. Et puis ce fut le tour d’Al Ghazali, Ils le fouillèrent méticuleusement, rejetant ce qui n’était pour eux d’aucun intérêt et ils mirent la main sur le baluchon de ses livres. « Prenez tout ce que vous voulez, mais s’il vous plait ne touchez pas à ces livres » plaida Al Ghazali , et les bandit pensèrent qu’il devait y avoir quelque chose de très précieux de caché dans le sac que Ghazali essayait de sauver.. Ils dénouèrent le sac et le vidèrent .. dispersant les pages..Que trouvèrent ils ? Rien, seulement quelques papiers écrits, quelques manuscrits.. Ils demandèrent : « Qu’est ce donc que ceci ? A quoi ceci te sert il donc ? » « Bien , ils peuvent ne vous être d’aucune utilité mais à moi ils me sont utiles », Répondit Ghazali « Mais à quoi ceci te sert il? » insistèrent les voleurs.. « Ce sont là les fruits de mon travail. Si vous les détruisez, je serai détruit et ruiné. Toutes mes années d’études vont disparaitre » Répondit Ghazali.. « Aussi tout ce que tu sais est ici , n’est ce pas ? » dit l’un d’eux.. « Oui » répondit Ghazali.. « Eh bien, la connaissance qui réside dans quelques papiers, à la merci des voleurs et de la destruction n’est pas connaissance du tout.. Va t’en et médite ceci « .. Cette prosaïque mais percutante remarque secoua Ghazali jusqu’au plus profond de son âme. Il se rendit compte qu’il avait étudié comme un perroquet, répétant ce qu’il avait appris et le retenant dans son esprit.. Il savait maintenant beaucoup plus mais il pensait beaucoup moins.. Il se mit sérieusement à étudier ses livres de la manière dont il devait le faire et devint le plus grand philosophe de son temps. Mais en son âge avancé, quand il résumait son enseignement il disait : »Le plus grand conseil qui a changé ma vie, m’est venu d’un bandit de grand chemin »

 

L’écoute a donc un double intérêt: l’intérêt social que nous connaissons tous (si nous avons la réputation de quelqu’un qui sait écouter, nous serons des gagnants. Car en étant en mode « réception » nous sommes mieux informés de ce que veulent les autres. Donc sommes nous non seulement plus efficaces que les gens toujours en mode « transmission » mais aussi intuitivement perçus comme des personnes gentilles et attentionnées.) et l’intérêt cognitif. Ce dernier rejoint l’idée de l’importance d’apprendre encore et encore pour réussir dans un monde où règne un bruit qui nous pousse à décrocher. Celui du multitâche auditif. Un art que les adolescents maîtrisent parfaitement: Ils regardent la télé, envoient des SMS, surfent sur internet, téléphonent, écoutent de la musique et font leurs devoirs -tous cela en même temps. Ainsi, nous sommes toujours occupés, en mode « recherche » mais rarement consacrons nous du temps pour écouter, vraiment. Et comme si l’Islam a prévu ces jours difficiles pour l’art de l’écoute (Ce qui me fascine vraiment!), il impose aux musulmans des occasions régulières pour exercer cet art menacé d’oubli: Le sermon de la prière de Joumouâa. Abou Houreyra a dit : Le Messager d’Allah a dit :  » Si tu dis à ton voisin ‘Ecoute!’ au moment où l’imam est en train de prononcer le sermon, tu es considéré comme ayant parlé inconsidérément. « 

 

Ghazi MAJDOUB
IPEST 2008-2010
SUPAERO 2013
Vice-président ADAI Toulouse

 

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