Paroles d’une Adaienne (3): La Métamorphose Du Songe

Quand les voiles claquent, l’idée brûle jusqu’aux entrailles, j’abdique ma raison et franchis les murailles, pour pouvoir contempler le paysage de mes jours. J’y rencontre ma nature composite d’instinct et de culture. Ça et là affleurent les granits de l’inévitable, les éboulements du hasard. Là-bas grandissent les mystères d’absence et de partiel oubli. L’obstination maniaque de notre intelligence à manufacturer des pensées me pousse encore à songer. J’y vois mes âges enchevêtrés, mes noces sanglantes et mes funérailles lugubres. J’y rencontre le néant, preuve que chaque nuit nous ne sommes déjà plus. Les naissances y sont un chemin de rocaille, là où chaque pierre nous sommes autres, là où chaque expérience fait iriser la roche et la sculpte au gré des vagues. L’être y est de l’écume, du sable puis un socle. Les cendres et les graines se soutiennent pour contenir ce cercle vicieux. Mais elles se répandent à nos pieds pour faire ressurgir des sentiments dans tout ce que nous sommes. Le corps entre dans un monde qui préfigure les froides légèretés de l’existence. Et pour évaluer cette existence, la raison et les états d’âme s’allient et se disent A dieu. Le maudit inconscient embrouille le paysage et creuse ma terre, et les tremblements de l’âme entraînent ceux de mon corps chaque cauchemar où je bois l’eau de mer, chaque néant où nous sommes, chaque jour où nous ne sommes plus, chaque feu qu’on allume et que la pluie n’éteint plus.

Rania Hellali
IPEST 2007-2009
ENSI 2009-2012
Membre ADAI Tunisie

 

 

 

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