Paroles d’une ADAIenne (2): Le Roman En Feu


Mes journées hivernales, je les ai passées sous le feuillage érubescent, à verbaliser la beauté de la vue qui surplombait le fleuve. Je les ai passées à écrire, à regarder les verdures flétrir. Je les ai passées à déambuler dans les faubourgs du désert, à déguster la pluie et l’eau de mer, à voir les humains se forger des bras de fer, jaillir de l’argile et y demeurer comme un fossile.

Mes journées estivales, je les passe dans les lumières grisâtres, à discerner le champ de mes réflexions, à contempler celui de mes visions.
Et lorsque la terrible envie de me maquiller avec de l’encre me saisit, je sens l’odeur fétide de mes cheveux qui brûlent et j’entends l’écho de mes pensées qui résonnent dans les crânes d’antan.
Je m’assieds au coin de la cheminée, je me vois dans un thé dansant. Ma valse était la fumée et ma robe sirène était de braise. Je valsais somptueusement avec le bois, pieds nus, sur un tapis luxueux de cendres. Mon visage luisait sous le feu et les larmes déversées sur mes joues en augmentaient la luminosité.
Je m’apprête à me revêtir de fourrure, à ressentir l’odeur des poils qui brulent, à écouter le bois gémir et à voir le feuillage sourire.
Je m’apprête à jeter le livre dans le feu, à écrire un roman sans nœuds.
Mais il m’est difficile de réaliser que ma vision n’est troublée que par une fumée sans feu.

 

Rania Hellali

IPEST 2007-2009

ENSI 2009-2012

Membre ADAI Tunisie

 

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