2011 : Une année de transition pour l’économie tunisienne

Interview avec Mr. Hatem  MHENNI

Professeur en sciences économiques à l’Ecole Supérieur de Commerce (ESC) de Tunis

 

Après vendredi 14 janvier, la Tunisie a connu un véritable changement. La révolution nous a apporté la liberté tout en espérant que la démocratie soit garantie. Plusieurs manifestations et revendications  ont affectées d’une manière directe l’économie du pays. Personne ne peut nier les dégâts et les pertes causés par la révolution.  on est  ,donc, face à plusieurs défis économiques.

1-Après la révolution, de nouveaux horizons pour l’économie tunisienne, plusieurs défis se posent, comment vous prévoyez l’avenir de l’économie tunisienne ?

Il y a deux analyses à faire;

-       A court terme, il n’y a pas de doutes sur le fait que l’année 2011 sera une année difficile. Il faut compter 4 à 5 points de croissance de perdu en raison de la baisse de nos exportations elle-même due à la baisse de notre production industrielle à laquelle il faudrait ajouter les difficultés rencontrées dans le secteur touristique. Il ne faut pas oublier non plus les conditions climatiques assez particulières avec une pluviométrie qui n’a pas été au rendez-vous ce qui se répercutera sur la production agricole. Cela réduit nos expectatives en termes de croissance à un chiffre faiblement positif ou même nul (entre 0 et 1% de croissance en 2011). Il faut ajouter qu’il n’y a pas que la croissance qui va être touchée, mais il y a aussi l’emploi avec montée probable du chômage et le retour de l’inflation (suite au probable déficit budgétaire qui va se creuser). Les résultats de l’année 2012 dépendront de la situation politique nationale et internationale. Au niveau national, les prochaines élections et les changements politiques qui en découleront seront déterminants au niveau économique aussi. Au niveau international, l’effet de domino de la révolution Tunisienne que l’on perçoit aujourd’hui en Lybie après avoir touché l’Egypte peut avoir des conséquences très néfastes si les pays du golf persique sont touchés et en particulier l’Arabie Saoudite pour ses réserves de pétrole. Un baril de pétrole à plus de 200$ fera entrer l’économie mondiale en récession et la Tunisie peut être touchée par cette récession étant donné son ouverture.

-       A long terme, nous pouvons prévoir une amélioration sensible de la situation économique. Ceci ne pourrait se réaliser que si la situation politique se stabilise et le climat des affaires s’améliore. Je m’explique, il faut rappeler que pendant les 30 dernières années les investissements privés ont baissé et ce malgré les différents leviers utilisés par l’Etat pour le faire remonter. L’explication était connue essentiellement par les spécialistes « un climat des affaires exécrable ». Maintenant, sur le papier il est évident que l’on peut s’attendre à des améliorations à ce niveau (investissement privé), mais d’autres facteurs peuvent apparaître en cours de route et inhiber le retour des investissements.

2- Quelles sont les réformes économiques et les meilleures stratégies consacrées à l’emploi du « jeune chômeur diplômé », suggérez-vous ?

Aujourd’hui, la moitié des demandeurs d’emploi supplémentaires sont des diplômés du supérieur. Cela nécessite un passage de palier pour notre économie. Que veut dire un nouveau palier? Il faut qu’aux niveaux de nos activités productives on puisse développer les secteurs à haute valeur ajoutée. C’est-à-dire des secteurs (manufacturiers ou de service) synonymes de forte rentabilité et de compétitivité. Ces secteurs nécessitent de la main d’œuvre qualifiée d’où le recours au gisement actuel de diplômés.

Il faut donc à mon avis, mettre en place une véritable politique industrielle basée sur la promotion de locomotives industrielles bien ciblées et une politique de recherche et d’innovation qui soit à l’écoute des besoins du tissu productif.

Il faut aussi, pour être au diapason de la révolution, mettre en place une politique d’aménagement du territoire cohérente (elle a été individuelle et désordonnée jusqu’à maintenant) et accompagner le développement économique des territoires et réduire les inégalités

3- A votre avis, quelles sont les perspectives et les meilleures opportunités d’investissement et de financement ?

Comme je l’ai précisé précédemment, les perspectives à long terme sont plutôt bonnes. L’investisseur (national ou international) demande de bonnes opportunités d’affaires mais aussi une visibilité, c’est-à-dire de la stabilité (politique et économique). Par exemple, des élections libres et démocratiques peuvent aboutir à résultats contrastés. Nous avons aujourd’hui plus de 30 partis politiques. Dans les meilleurs des cas il faudrait au moins 4 à 5 partis pour constituer une majorité. Cela nécessite un consensus (qui dure). Dans le cas ou ce consensus se fait à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, les investisseurs pourraient rechigner à investir. De même lorsque les consensus sont fragiles il peut y avoir une succession de changements politiques qui se répercutent sur la composition du gouvernement qui entraîne finalement une instabilité politique dont a horreur l’investisseur.

Les lignes de crédit internes et externes ne manquent pas; celles externes proviennent essentiellement de nos partenaires économiques (principalement l’Union Européenne) ou bien des institutions internationales (BM et FMI). Nous pouvons compter sur toutes ces sources et sur le fait que l’on pourrait aussi bénéficier du préjugé positif, celui du pays qui a mené une révolte relativement pacifique et qui a réussit son après-révolte.

4- Comment on peut renforcer l’économie de la Tunisie ?

Il faudrait commencer par rétablir les fondamentaux macroéconomiques; croissance, emploi, équilibres budgétaire et commercial, dettes de l’Etat, la dette externe  et un niveau bas de l’inflation.

Au même temps ne pas oublier que nous avons opté depuis l’avènement du PAS pour une économie à connotation libérale avec une redéfinition (redimensionnement) du rôle de l’Etat. Remettre en cause ces choix nous fera perdre du temps et des points de croissance.

Trois quart de nos échanges commerciaux, se font aujourd’hui avec les pays de l’Union Européenne. Il faut diversifier nos partenaires commerciaux pour alléger cette dépendance qui est d’une certaine manière dangereuse. Il faut aussi chercher à accéder à de nouveaux marchés d’exportations comme les BRIC.

Il faut assainir le secteur financier à commencer par le secteur bancaire et trouver les moyens pour dynamiser le rôle de la bourse de Tunis. Dans le même ordre d’idées, il est important de mentionner la question de l’indépendance de la BCT. Principe toujours énoncé mais jamais vérifié dans la réalité des faits.

Promouvoir une politique volontariste de recherche scientifique et de développement technologique pour hisser notre activité vers des paliers technologiques supérieurs.

 

Jawaher KHEMAKHEM

Membre de ADAI Tunisie

IPEST 2008 – 2010

ENSI 2013

 

Laisser un commentaire

*